02 mars 2012

2012 n’est pas 2007 : Une élection dans la crise

droite contre gauche.jpgDroite contre Gauche ?

Les grands dossiers qui feront l’élection présidentielle

2012 n’est pas 2007 : Une élection dans la crise

  • 13. Le débat fiscal est engagé ! (Michel Aujean)

Le monde va mal. Jamais vraisemblablement depuis la seconde guerre mondiale, nous n’avions été confronté à une situation si difficile à comprendre, à maitriser et jamais nous n’avions eu autant de mal à imaginer un avenir même à terme court. Dans cette extrême difficulté, les politiques ont été quasiment partout malmenés par les acteurs des marchés et s’est répandue l’idée profondément anti-démocratique qu’ils ne pouvaient plus exercer de véritable rôle dans la conduite des affaires du monde.

Dans ce cadre, les économistes ont tenté, du moins pour la plupart d’entre eux, d’apporter analyses et propositions.

Tel l’objectif de l’ouvrage édité par le cercle des économistes

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Beaucoup de choses leur ont été reprochées, notamment une mauvaise appréciation de la crise de l’endettement de 2007 et une mauvaise compréhension des ralentissements forts de l’économie mondiale en 2008 et 2011. Cette inquiétude des citoyens sur l’apport réel des économistes s’est évidement traduite par dans une méfiance généralisée vis-à-vis des politiques économiques proposées. Rajoutons-y que la parole a été monopolisée dans les médias par nombres d’intervenants qui présentaient les situations et les choix comme binaires et le résultat imposé.


Plus personne ne croit à un programme économique, ni aux Etats-Unis, ni en Europe. Quelques mots obsessionnels surnagent dans l’inconscient collectif : ceux de dette, ceux d’incompressibilité du chômage, ceux de transferts définitifs des activités des pays de l’OCDE vers les pays émergents, ceux de vieux pays...

Pourtant, le débat démocratique sur les options qui s’offrent en matière de fiscalité, de production, de formation, de recherche, de santé et de retraite, est aujourd’hui indispensable. Jamais peut-être la clarté de discussion, l’objectivité des chiffres, des faits, ne fut aussi nécessaire. Jamais, l’exigence dans la rigueur des raisonnements ne s’imposa de manière aussi forte. Mais le chemin sera long et difficile. . En effet, il suffit d’évoquer trois questions qui taraudent les économistes, sans que des réponses claires ne soient apportées. De la crise de l’économie réelle et de la crise de la finance, laquelle est motrice ? Personne n’a de doutes sur le fait que nous sommes dans une succession de chocs qui viennent se conforter l’un l’autre et rendre plus difficile toute sortie de la situation actuelle, mais nul ne distingue clairement si en 2007 les déséquilibres de l’économie mondiale étaient le cœur de la crise ou si l’endettement des ménages américains et donc leurs engagements immobiliers étaient le point de départ. Seconde interrogation à laquelle il est tout aussi difficile de répondre :peut on parler de cycle ou au contraire, avons nous assisté dans les années 2010 à une véritable rupture des modes de régulation de l’économie mondiale ? Enfin, et ce n’est pas l’aspect le plus simple de la période :la crise se situe-t-elle d’abord en Europe, ou sont-ils les plus touchés ?

A bien des égards, nous ne sommes plus dans le même monde qu’en 2007, la problématique de ce livre sera assez éloignée de celle qui avait prévalu alors dans l’ouvrage « Politique économique de droite, Politique économique de gauche ».

Sur un certain nombre de thèmes un consensus minimum est en train de voir le jour dans notre pays. Non pas que la Droite soit devenue la Gauche et inversement, mais sur un certain nombre de sujets , même majeurs, des évidences au fil des débats ont commencé à s’imposer. Ainsi en est-il, par exemple, de la démondialisation, de la dette, de l’environnement. Loin de nous l’idée que l’unanimité ne soit faite, on en veut pour preuve : le poids croissant du discours des extrêmes. Peut-être que du fait même qu’un consensus s’esquisse, certains thèmes, font aujourd’hui le lit d’un discours de rupture qui ne trouvait pas autant d’oreilles attentives il y a cinq ans.

Aujourd’hui, l’ordre des priorités n’est plus le même, qu’en 2007. Certains débats, comme celui des retraites, polarisent aujourd’hui moins l’attention alors que d’autres, comme celui de la rigueur, de la fiscalité, ou de la place de l’Etat attirent tous les regards.

Mais une chose reste : quelque soit le discrédit des économistes et des politiques économiques ce sont sur ces sujets que l’élection aura lieu. Et quelque soit le rapprochement entre Droite et Gauche, ce sont ces sujets qui les diviseront. Par souci pédagogique, nous avons choisi de regrouper ces sujets économiques de la campagne autour de cinq grands « blocs » :

Le premier chapitre, présente le nouveau monde dans lequel l’élection aura lieu : ses contraintes, son nouveau cadre intellectuel et les nouveaux clivages qui sont apparus. Les quatre autres chapitres, consacrés aux politiques macroéconomiques, aux politiques sectorielles, aux régulations nécessaires et à la politique sociale, s’efforcent, pour chacun des thèmes de présenter le contexte du débat en soulignant ce qui a changé depuis 2007, ce qui a pu constituer des points d’accord entre la Droite et la Gauche et, au contraire, ce qui les oppose avec des points de divergences et des difficiles à concilier. Les auteurs de ces chapitres se sont efforcés de retrouver ou d’imaginer des projets reprenant les fondamentaux des politiques économiques de droite et de gauche.

Pour clore cette introduction, nous voudrions, au terme d’une réflexion de plusieurs mois, faire une quelques recommandations à tous les candidats, afin de les aider collectivement à ne pas donner aux citoyens, et donc aux électeurs, une vision caricaturale et surannée du jeu politique.

En premier lieu, le débat politique se doit d’être clair. Pour cela, il faut qu’il s’appuie sur des chiffres incontestables. La France n’est pas un pays que le reste du monde ignore et les marges de manœuvre dont dispose l’Etat français dépendent en large partie des moyens budgétaires que celui-ci pourra mobiliser. D’où l’importance que revêt la fiabilité des chiffres en préalable à toute proposition de politique générale. Par ailleurs, il devrait être interdit (on peut rêver…) à tous les candidats d’avancer une piste de réformes sans avoir, au préalable, précisé son coût, son applicabilité ainsi que ses effets attendus. Les « mesures d’impact » chères aux régulateurs, constituent, en effet, à nos yeux, un marqueur essentiel du processus démocratique.

En deuxième lieu, il nous semble que la complexité du monde économique actuel autorise deux entorses au moins aux mécanismes politiques traditionnels. A situation exceptionnelle, procédures exceptionnelles. Les réformes proposées doivent pouvoir être mises en œuvre à titre transitoire. Si la fiscalité est un des domaines où la prévisibilité et la constance sont essentielles, il est bien d’autres domaines dans lesquels des mesures d’exception temporaires doivent pouvoir être défendues afin d’ouvrir au maximum le jeu politique. Peut-être davantage qu’à aucun moment de l’Histoire récente de notre pays, il est des réformes incontournables sur lesquelles il ne devrait pas y avoir débat. Sur certains thèmes, l’avenir de notre pays dépend de mesures prises rapidement et de manière consensuelle. Si la France veut sortir de la crise par le haut, les candidats à l’élection présidentielle –au moins ceux qui tournent le dos à l’illusoire repli identitaire- doivent se convaincre que certaines réformes doivent être portées par tout le peuple de France et donc par toutes leurs élites. Dans l’Histoire, les réformes d’Union Nationale sont parmi celles qui ont le plus d’impact. « Un gouvernement d’Union Nationale » avez-vous dit ? Bizarre. Comme c’est bizarre… On peut être économiste et rigoureux, et parfois se laisser aller à rêver…

Sommaire

 Introduction : Une élection au cœur de la crise.
Jean-Hervé Lorenzi et Olivier Pastré

  • I. LE NOUVEAU CONTEXTE
    • 1. La démondialisation (Lionel Fontagné)
    • 2. L’urgence agricole (Pierre Jacquet)
    • 3. Ni Keynes ni Cameron (Philippe Aghion - écrit avec Alexandra Roulet)
    • 4. La dette, de droite ou de gauche ? (Christian Stoffaës)
    • 5. Quel nouveau pouvoir ? (Jean-Dominique Lafay)
    • 6. La grande absente : L’Europe (Agnès Bénassy-Quéré et Jean Pisani-Ferry)
    • 7. L’environnement : conservateurs contre progressistes (Alain Trannoy)
    • 8. Energie-climat : un consensus ancien ébréché par les Verts (Jean-Marie Chevalier)
    • 9. L’éducation : conservateurs contre pragmatiques (Daniel Vitry)
  • II. LES POLITIQUES MACROECONOMIQUES
    • 10. Rigueur de Droite - Rigueur de Gauche (Jacques Mistral)
    • 11. Le déficit au cœur du débat (Christian Saint-Etienne)
    • 12. Relance par la hausse des salaires ou par le soutien de l’offre ? (Patrick Artus)
    • 13. Le débat fiscal est engagé ! (Michel Aujean)
  • III. LES POLITIQUES SECTORIELLES
    • 14. Politique industrielle : une opposition politique encore à construire (Gilles Le Blanc)
    • 15. L’Université et la Recherche : Le chantier inachevé (André Cartapanis)
    • 16. Les banques, un terrain politique d’affrontement (Olivier Pastré)
    • 17. Les marchés financiers, un vrai clivage droite-gauche (Catherine Lubochinsky)
    • 18. La politique de la concurrence à la croisée des chemins (Anne Perrot)
  • IV. LES POLITIQUES SOCIALES
    • 19. Age et Emploi : la grande fracture (Jean-Olivier Hairault)
    • 20. Les retraites : un débat traditionnel (Philippe Trainar)
    • 21. Les incontournables conflits intergénérationnels (Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur)
    • 22. La santé entre divergences idéologiques et convergences politiques (Claude le Pen)
    • 23. Les politiques culturelles, deux visions du monde (Françoise Benhamou)

Épilogue

Jean-Hervé Lorenzi et Olivier Pastré

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